LA DIALECTIQUE TRINITAIRE VERSUS L´HYPER-DIALECTIQUE QUINQUINITAIRE

Luiz Sergio Coelho de Sampaio
Decembre 1995.
ee-001005.02[1](27/08/1999)



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L'introduction du prefixe pseudo a une bonne justification: bien qu'on soit en face d'un procédé vraiment synthétique (et non seulement formel ou d'articulations externes), il n'aboutit pas à une complète et définitive totalisation. Au contraire, les deux synthèses susdites ont un caractère à peine partial, le résultat demeurant, de façon concomittante, fermé et ouvert, radicalement incomplet, enfin: désirable. Ainsi, nous le savons bien, le masculin et le féminin sont logique et existentiellement.

La pseudo-synthèse masculine - en partant de I, niée par D/2, et les deux, niées à nouveau, ayant comme résultat l'une des manières de réaliser I/D/2 - représente le côté superficiel des procédés quinquinitaires. C'est la réalisation logique comme progrès, comme transcendence permanente (I) des systèmes scientifiques-bureaucratiques (D/2). Par contraste avec elle, la pseudo-synthèse féminine - en partant de I/D, niée par D, et les deux ensemble niées à nouveau - vient constituer le côté profond de la réalisation des procédés quinquinitaires, comme veritable historique-dialectique (I/D) des cultures ou des mentalités (D). Cela vaut pour tous les procédés irréductiblement humains, dont nous pouvions donner en example celui de la discoursivité. Dans le jargon lacanien, le côté superficiel masculin serait représenté par ce qui apparaît: le sujet de l'énonciation (I) et le dit (D/2) ; en contraposition, nous aurions un côté féminin profond, représenté par l'inter-dit (D) et où l'abrupte interruption du dit vient constituer le non-dit (I/D). Le discours, dans sa globalité, serait alors représenté par la synthèse I/D/2. Alors, Lacan a pu audacieusement affirmer que masculin et féminin sont les deux modes d'insertion subjective dans le discours. [4]

L'existence des deux réalisations complémentaires et pas tout à fait totalisées de I/D/2, nous oblige à conclure que la logique I/D/2 est effectivement la logique synthèse de I, D, I/D, D/2 - nommées logique de base (base de la pyramide représentative de I/D/2) - quoique sa complète realisation doive impérativement faire intervenir les deux pseudo-synthèses déjà citées.

Mais attention: on ne doit pas conclure trop vite que la réalisation de ce qui est envisagé par la dialectique quinquinitaire implique seulement la co-présence d'une paire d'êtres; ce serait réduire la paire humaine masculin/féminin à la paire animale mâle/femelle. La réalisation propre à la logique I/D/2 a lieu au minimum en trois, parce que trois est le nombre de ses valeurs propres, comme il a été exposé dans les Noções elementares de lógica - tomo I [5] et si nous voulions insister sur une interprétation strictement sexuelle de la question, il serait encore nécessaire de supposer un troisième (puisque c'est d'essence dans cette logique de n'exclure que le quatrième). Ce peut être alors la rival, le concurrent, l'omis, le défendu, l'espéré, le remplacé, ou même un ou l'autre doublé au miroir, peu importe.

À ce point, il n'est plus précipité de conclure à la plus grande complexité de la dialectique quinquinitaire par rapport à la dialectique trinitaire, en se fondant sur ce qui nous a été donné à voir jusqu'ici, où nous soulignons:

   a) l'impossibilité de poursuivre machinalment dans le sens constructif en allant de la synthèse dialectique à la synthèse contre-dialectique;

   b) l'obligation de laisser la bi-dimensionalité au profit de la tri-dimensionalité afin de rendre compte de la représentation figurative convenable de I/D/2;

   c) la nécessaire intervention médiatrice des pseudo-synthèses masculine et féminine pour la pleine réalisation de I/D/2.

Il faut remarquer aussi qu'il ne s'agit pas d'une plus grande complexité spatiale en terme de nombre d'éléments et de relations structurales, mais de quelque chose de plus grande importance, que nous pourrions nommer complexité temporelle ou du procédé; tandis que le procédé dialectique trinitaire est continnuellement ascendant, le procédé dialectique quinquinitaire ne l'est que globalement, en admettant des rétrogradations éventuelles et partielles. Cependant, rien de cela ne peut interrompre sa vigueur ascensionnelle, sa secrète destination, car elle est la logique qui gouverne le procès de réalisation de l'être humain à la quête de la plénitude!

Une autre manière d'envisager la relation entre les dialectiques trinitaire et quinquinitaire, que nous cherchons d'illustrer à la partie III de la figure d. Dans celle-ci, qui représente la dialectique quinquinitaire dans sa globalité, on peut apercevoir une sous-structure que nous identifions immédiatement avec celle de la logique dialectique trinitaire: I, D, I/D. La dialectique quinquinitaire peut maintenant être conçue comme une synthèse dialectique-trinitaire de la logique transcendentale, ou de l'identité (I) occupant l'exacte position identitaire I, avec la logique dialectique (I/D), en occupant la position différentielle D opposée à la position I; la négation des deux tendrait à faire occupé alors la position I/D par sa synthèse (I/D/2). Ce serait concevoir les logiques I, I/D et I/D/2 comme formatrices d'une famille - la famille des logiques de l'identité, ou ce qui est le même, des dialectiques généralisées - où I pourrait à être considérée comme le degré zéro de la dialecticité (I/D/0 = I/I = I). 

Figure d - Hyper-dialectique, dialectique de dialectiques

À ce propos, il est intéressant de rappeler que les logiques I, I/D et I/D/2 constituent la séquence des structures onto-logiques, respectivement, phenoménique, objective et subjective [6], dans laquelle on observe l'être-objectif négativement positionné par rapport à l'être-phenoménique, mais, avec ce dernier, rélevés par l'être subjectif. Tout cela, selon nous, vient seulement renforcer notre interprétation que I/D/2 résulte aussi d'une synthèse dialectique où la structure dialectique traditionnelle I/D fonctionne comme moment négatif ou différentiel. N'est-ce pas exactement cela que réclament les philosophes dialectiques, en particulier les marxistes, quand ils revendiquent pour leur logique le caractère objectif (pas subjectif) et matérialiste (pas idéaliste)?!

En un mot, la logique quinquinitaire I/D/2 apparaît comme une synthèse dialectique de la logique de l'identité I et de la propre logique dialectique I/D, de là le choix du terme hyper-dialectique pour la nommer aussi - hyper-dialectique comme dialectique de la dialectique, ou dialectique des dialectiques généralisées. 

Nous trouvons un exemple assez expressif de cette interprétation de la logique quinquinitaire comme hyper-dialectique dans l'histoire de la culture. Sans exception, on considère la culture chrétienne-trinitaire, donc I/D - comme une synthèse dialectique de la culture monotéiste juive (I) et de la culture païenne gréco-romaine (D); les faits historiques qui se dévoilent progressivement ne font que le confirmer.

Il y a une conception de l'histoire, solidaire avec la culture juive, que nous appellerons histoire unaire, histoire comme destination, par rapport à laquelle l'attitude collective et individuelle ne peut être que la foi. En opposition, nous avons le christianisme (évidemment pas celui de la curie, mais l'originaire) compromis avec une conception que nous nommerons histoire trinitaire, histoire comme "péripétie" par rapport à laquelle l'attitude authentique est l'engagement extatique. C'est aussi la conception marxiste, héritée de l'hégélianisme, remplaçant l'engagement idéal ou spirituel par un engagement matériel ou politique. De tout cela on peut entrevoir une nouvelle conception de l'histoire, l'hyper-dialectique, comme synthèse dialectique des deux conceptions antérieures; une histoire qui nie la foi pure, mais la conserve, nie l'engagement aveugle, mais aussi le préserve; pourtant, les deux sont sollicités comme des attitudes authentiques relativement à quelque chose qui est, à la fois, histoire de destination et histoire de "péripéties", enfin histoire quinquinitaire. 

À cet égard c'est exactement là la conception de l'histoire dont nous avons besoin pour indiquer une issue pour la culture moderne (D/2) qui, s'apercevant déjà en son déclin, s'auto-proclame, effrontée, as propre postmodernité et au même temps la station finale de l'histoire. Il y a bien une issue, mais elle n'est pas sur le plan, ni à gauche, ni à droite, mais "au-dessus", dans l'espace, augurant une nouvelle culture de niveau logique I/D/2.

C'est maintenant le moment de retourner à la question de la prohibition de l'extension du procédé simplement dialectique au-delà du cycle contre-dialectique, ou bien d'un hypothètique troisième cycle dialectique I/D, D/2, I/D/2. Nous avons déjà dit que telle synthèse ne nous emménerait pas à la logique I/D/2, mais à une logique trans-humaine I/D/3, puisque (I/D)/(D/2)= =I/D/3. (voir la figure e)

Malgré l'interdiction, il y a bien sûr ceux qui veulent l'enfreindre, même inconsciemment. qui sont-ils ?

Il n'est pas difficile d'identifier ces transgresseurs logico-délirants. Nous savons que la modernité - nous avons préféré cet intitulé à celui de societé capitaliste - se caractérise, à la superficie, par l'assomption et l'absolutisation de la logique de la double différence (D/2) - logique du raisonnement formel, de la scientificité, de l'organisation bureaucratique, de le calcul du monde - ayant comme complément le sujet "intervallaire", sujet identitaire (I) - cogito, sujet libéral, sujet de la "libre initiative". Dans la formule absolument compacte de Richard Morse: science (D/2) et conscience (I) [7].

Figure e - La dialectique delirante

Or, l'une des "possibilités" de réaction à cette modernité paradigmatique n'est jamais de nier la science, ce qui serait échapper au principe de réalité, mais d'en laisser saillir le principe de plaisir, en proposant le remplacement du sujet de la science et par surcroît, en renversant la direction de subordination. L'une de ces "possibilités" de le faire serait de remplacer le sujet libéral, individualiste (I), par le sujet collectif ou l'esprit communautaire, c'est-à-dire par un sujet (I/D); et en plus, de manière illusoire, en faisant en sorte qu'il cesse d'être tributaire ou intervallaire de D/2, pour se situer d'une forme dominante. D'une certaine manière, cela revient à oublier la spécificité de D/2, sa non-réductibilité à D, et, par conséquent, sa supériorité logico-hiérarchique par rapport à cette dernière!

Les premiers disposés à la transgression ont été les jésuites, tolérés par la Hiérarchie, naturellement, car soldats de la ligne d'attaque contre-réformiste. Après eux, sont venus les marxistes armés de leur socialisme (I/D) scientifique (D/2), qui, comme déjà vu, ne les emmène pas à l'homme parfait, mais, comme toujours, à des anges et à des démons, c'est-à-dire, au royame de I/D/3. Si nous faisons attention au fait que la sexualité humaine se définit précisément par les diagonales de la pyramide I/D/2 - (I, D/2) pour le masculin et (D, I/D) pour le féminin - il est évident que la synthèse I/D/3 à partir de la paire (I/D, D/2), en plus d'être exorbitante, est sexuellement délirante. Ce qui est donné comme sexualité prétendument de hiérarchie supérieure, ne peut s'affirmer que comme refoulement de la sexualité prosaïquement humaine, tel qu'elle insiste à s'affirmer face à la sexualité simplement animale. Aujourd'hui, aprè Freud et Lacan, celle-ci ne peut pas être plus claire. Dieu, où en sommes-nous?!

Poursuivons un peu plus. La paire (I/D, D/2), l'un des modes sexuels de I/D/3 n'est pas la seule: elle s'interpose parmi d'autres modes possibles. Ce sont, naturellement (I, D/3) et (I/D/2, D) qui, avec elle, forment la totalité des "sexes des anges", comme on le constate facilement à la figure f.

Figure f - La sexualité au niveau I/D/3



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