Partez-en 3
Aussi il n'est pas difficile de les
découvrir. Qui est le seul (I), omniscient et infalible par son
pouvoir de tout renfermer, puisque D/3 est la logique immédiatement
supérieure à celle de tous les hommes (I/D/2)?
C'est le grand guide, le grand maître assis sur son trône.
Le sexe (I/D, D/2) est son entourage de scribes, de bureaucrates,
de professeurs, de parlementaires, de sécurité et de censeurs,
tous gardiens de l'idéologie sexo-délirante inventée
par eux-mêmes.
Le paire qui n'est pas (I/D/2,
- ), ce sont tous les autres, pauvres mortels, le peuple, à qui
est même interdit l'accès à son propre terme complémentaire,
ou bien à la différence (D). Et cela s'organise au nom de
la plus sainte pitié, car D représente le mal (ou
le démon, ou encore, l'inconscient). Diminué,
castré même quant à sa potentialité délirante,
reste seulement seulement l'humain, l'excessivement humain (I/D/2).
Si nous tenons compte de l'énorme
distance entre les animaux supérieurs (dotés d'un système
nerveux central), de niveau I/D, et les hommes, de niveau I/D/2,
nous la retrouvons entre ces mêmes hommes et l'avant-garde sexo-délirante
chargée du niveau I/D/3. nous pouvons évaluer
les risques que nous avons déjà encourus, et peut-être
que nous venons encore à subir si nous tombons sous la main de ces
sauveurs. Cela, pourtant, n'empêche pas de leur vouer une certaine
sympathie, parce que manifestement nous n'avons jamais été
exempts de tels accès délirants, surtout quand nous nous
situons vis-à-vis de la menace fasciste, qui est son corrélat
symétrique [8].
Peut-être que tout cela est partie intégrante de la condition
humaine.
Reste un avertissement sérieux:
le dépassement de la modernité (ou du capitalisme, comme
on veut) ne passe absolument pas par l'alternative de gauche de la modernité,
c'est-à-dire par l'impossible synthèse de la logique dialectique
(I/D) avec la logique scientifique (D/2), mais par quelque chose
de vraiment moins présompteux: la logique quinquinitaire (I/D/2),
nécessairement médiatisée par les pseudo-synthèses
masculine et féminine. en d'autres termes, elle ne passe pas par
la sexualité délirante, mais par ce dont nous avons besoin
de reconquérir d'urgence: le simple, tellement proche et accessible,
amour humain.
Nous pensons que nous sommes maintenant
en condition de conclure sur la comparaison entre la dialectique trinitaire
et l'hyper-dialectique quinquinitaire. Il n'y a pas de doute que la première,
comme on la vu, a sa condition de "citoyenneté logique" garantie
comme manière spécifique de viser le symbole ou l' idée
platonicienne, ou comme histoire dans son sens hégélien/
marxiste. Elle peut alors capter l'essence de quelque moment, partie ou
aspect de la réalité humaine, mais jamais dans sa globalité.
Dans beaucoup de cas, insister sur les pouvoirs de la dialectique de manière
a-critique et dans l'absolut, c'est imposer à la réalité
une forme qui ne lui est pas propre, réductrice de son essentielle
complexité. En un mot, l'homme est un être irréductiblement
quinquinitaire, et seulement l'hyper-dialectique, aussi quinquinitaire,
peut rendre compte de la plénitude des multiples procédés
de son auto-réalisation.
Il serait nécessaire d'avertir,
cependant, que nous ne pouvons pas en déduire que n'importe quelle
considération logico-transcendante relativement à I/D/2
soit destituée de sa valeur pour une plus profonde compréhension
de l'homme, en considérant notre critique amère du délire
de gauche. Même au contraire, nous croyons que ces considérations
sont nécessaires pour nous alerter contre un humanisme étroit,
qui met l'homme à la place d'un dieu à la retraite. Pourtant,
il faudra que de telles considérations se mantiennent dans de sévères
limites, que nous pourrions, dans une première approche, appeler
horizon-de
l'être, sans qu'elles soient actuelles. Pour des explications
plus détaillées nous renvoyons le lecteur à notre
travail Noções de onto-teo-logia - tomo I. [9]
Pour conclure, permettez-nous, lecteur,
quelques considérations d'un ton presque avouable. Nous sommes très
réticents, foncièrement, à passer sur le papier ce
qui ne nous semble pas excessivement clair et évident; ce qui nous
amène à un problème suplémentaire: nous voulons
aussi expliquer pourquoi ce que nous exposons n'a pas été
apercu avant par autrui; sans quoi, il nous reste vraiment un sentiment
d'incomplétude et d'insécurité. nous tombons. Ici
comme toujours, dans la même situation. Pourquoi, jusqu'à
aujourd'hui, n'est-on pas arrivé au dévoilement de la logique
hyper-dialectique quinquinitaire? Ou, au moins, à la préable
constatation de la manifeste insuffisance de la dialectique trinitaire?
Il ne serait pas juste de ne pas signaler
une exception, de plus de deux mille ans, c'est vrai : le traitement donné
par Platon à l'être et ses modes dans le dialogue Le sophiste
où sont distingués le même, l'autre, le mouvement,
le repos et l'être lui-même, tel qu'on
peut le vérifier par les extraits choisis comme épigraphe
au présent texte. Après tout, ce que nous avons exposé
ici, pourrait-on encore se refuser à voir l'homologie de ces modes
avec les cinq logiques rélevées par l'hyper-dialectique quinquinitaire?
Cependant, quand même, qui aujourd'hui déplacerait Platon
trinitaire en faveur du quinquinitaire qui s'insinuait dans Le sophiste?
En reprenant la question de l'attardement
dans le dévoilement de la logique quinquinitaire, il nous paraît
que nous pourrions l'attribuer fondamentalement à la difficulté
de distinguer les logiques de la différence (D) et de la double
différence ou classique (D/2). Cette indiscernabilité
logique, et même onto-logique, a comme conséquence immédiate,
comme déjà vu, le manque de distinction du cycle proprement
dialectique (I, D, I/D) et du cycle contre-dialectique (D, I/D, D/2),
entrainant ainsi la non-perception de la spécifité de la
dialectique quinquinitaire en relation avec la dialectique trinitaire.
Nous enonçons ci-dessous quelques
possibles causes de cette difficulté à distinguer D de D/2:
a) le mode d'émergence
de notre propre culture s'effectue par la superposition de la différence
clanique (2e différence) à la différence
sexuelle biologique (1ere différence). Cancaner sous
la 2e différence nous aménerait à nous
affronter à notre origine animale, et cela, nous le savons, dans
la culture de l'Occident, a été longtemps considéré
comme une dangereuse hérésie;
b) le fait de vivre il
y a cinq cents ans dans une formation culturelle radicalement engagée
vers la scientificité et à la rationalité bureaucratique,
les deux gouvernées par la logique de la double différence
D/2, et dont l'affirmation a été concomittante
à un dramatique refoulement des logiques féminines D e I/D,
respectivement, du désir et de l'histoire - nous nous referions
à la chasse aux sorcières. Si quelque refoulé retournait,
il rendrait évident, alors, la nature relative de la culture actuelle.
C'est mieux pour l'establishment, bien sûr, que l'indiscernabilité
se perpétue;
c) quoique de nature assez
spéculative, puisque nous n'avons pas a suffisamment de connaissances
linguistiques pour garantir la totale généralité des
prémisses qui soutiendraient l'actuel argument, le fait est que,
au moins les langues politiques, économique et culturellement hégémoniques
occidentales ne présentent pas un ensemble de verbes "auxiliaires"
structuralement homologue à l'ensemble des quatre logiques de base,
comme c'est le cas, par exemple, du portugais dans lequel le verbe ser(être)
est corrélat de la logique transcendentale I; le verbe ter
(avoir)ocO de la logique de la différence D; le verbe haver
(y avoir), avec certaines réserves, de la dialectique (I/D) ; et
finalement, le verbe estar (approché de "se trouver"),
de la logique classique (D/2). Dans la langue française,
l'homologie a lieu entre le verbe être et
avoir, respectivement,
avec les logiques I et D, et se prolonge dans la locution y avoir
corrélate de la logique I/D. Dans la langue anglaise, il arrive
qulque chose de pareil. Les verbes to be et to have sont
homologues aux logiques I et D et le prolongement a lieu par la locution
there be homologue de la logique I/D.
Prenant en compte l'extrême dépendance
de la pensée (logique) vis-à-vis du langage, nous pouvons
imaginer combien une telle insuffisance - pardonnez-nous, la irrévérence
de la hipothèse! - peut avoir encombré la perception de la
différence entre les logiques différentielles - D et D/2
-
et par conséquent, de la totalité de la structure des logiques
de base, condition essentielle, comme nous l'avons vu, à la distinction
entre la logique dialectique trinitaire et l'hyperdialectique quinquinitaire
telle qu'elles ont été ici caractérisées.
Platon, que nous avons appelé
à l'entrée de ce texte, aide-nous aussi, maintenant, à
la sortie:
L'ÉTRANGER. - Si l'on refuse
de croire à ces oppositions, qu'on cherche alors et qu'on dise mieux
que nous ne venons de dire. mais croire qu'on a fait une invention difficile
parce qu'on torture à plaisir les arguments dans tous les sens,
c'est peiner sur des choses qui n'en valent guére la peine ; nos
arguments présents nous l'attestent. Il n'y a là, en effet,
ni invention élégante ni trouvaille difficile, alors que
voici ce qui serait difficile autant que beau. [10]

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