LA DIALECTIQUE TRINITAIRE VERSUS L´HYPER-DIALECTIQUE QUINQUINITAIRE

Luiz Sergio Coelho de Sampaio
Decembre 1995.
ee-001005.02[1](27/08/1999)



Partez-en 3

Aussi il n'est pas difficile de les découvrir. Qui est le seul (I), omniscient et infalible par son pouvoir de tout renfermer, puisque D/3 est la logique immédiatement supérieure à celle de tous les hommes (I/D/2)? C'est le grand guide, le grand maître assis sur son trône. Le sexe (I/D, D/2) est son entourage de scribes, de bureaucrates, de professeurs, de parlementaires, de sécurité et de censeurs, tous gardiens de l'idéologie sexo-délirante inventée par eux-mêmes.

Le paire qui n'est pas (I/D/2, - ), ce sont tous les autres, pauvres mortels, le peuple, à qui est même interdit l'accès à son propre terme complémentaire, ou bien à la différence (D). Et cela s'organise au nom de la plus sainte pitié, car D représente le mal (ou le démon, ou encore, l'inconscient). Diminué, castré même quant à sa potentialité délirante, reste seulement seulement l'humain, l'excessivement humain (I/D/2).

Si nous tenons compte de l'énorme distance entre les animaux supérieurs (dotés d'un système nerveux central), de niveau I/D, et les hommes, de niveau I/D/2, nous la retrouvons entre ces mêmes hommes et l'avant-garde sexo-délirante chargée du niveau I/D/3. nous pouvons évaluer les risques que nous avons déjà encourus, et peut-être que nous venons encore à subir si nous tombons sous la main de ces sauveurs. Cela, pourtant, n'empêche pas de leur vouer une certaine sympathie, parce que manifestement nous n'avons jamais été exempts de tels accès délirants, surtout quand nous nous situons vis-à-vis de la menace fasciste, qui est son corrélat symétrique [8]. Peut-être que tout cela est partie intégrante de la condition humaine.

Reste un avertissement sérieux: le dépassement de la modernité (ou du capitalisme, comme on veut) ne passe absolument pas par l'alternative de gauche de la modernité, c'est-à-dire par l'impossible synthèse de la logique dialectique (I/D) avec la logique scientifique (D/2), mais par quelque chose de vraiment moins présompteux: la logique quinquinitaire (I/D/2), nécessairement médiatisée par les pseudo-synthèses masculine et féminine. en d'autres termes, elle ne passe pas par la sexualité délirante, mais par ce dont nous avons besoin de reconquérir d'urgence: le simple, tellement proche et accessible, amour humain.

Nous pensons que nous sommes maintenant en condition de conclure sur la comparaison entre la dialectique trinitaire et l'hyper-dialectique quinquinitaire. Il n'y a pas de doute que la première, comme on la vu, a sa condition de "citoyenneté logique" garantie comme manière spécifique de viser le symbole ou l' idée platonicienne, ou comme histoire dans son sens hégélien/ marxiste. Elle peut alors capter l'essence de quelque moment, partie ou aspect de la réalité humaine, mais jamais dans sa globalité. Dans beaucoup de cas, insister sur les pouvoirs de la dialectique de manière a-critique et dans l'absolut, c'est imposer à la réalité une forme qui ne lui est pas propre, réductrice de son essentielle complexité. En un mot, l'homme est un être irréductiblement quinquinitaire, et seulement l'hyper-dialectique, aussi quinquinitaire, peut rendre compte de la plénitude des multiples procédés de son auto-réalisation.

Il serait nécessaire d'avertir, cependant, que nous ne pouvons pas en déduire que n'importe quelle considération logico-transcendante relativement à I/D/2 soit destituée de sa valeur pour une plus profonde compréhension de l'homme, en considérant notre critique amère du délire de gauche. Même au contraire, nous croyons que ces considérations sont nécessaires pour nous alerter contre un humanisme étroit, qui met l'homme à la place d'un dieu à la retraite. Pourtant, il faudra que de telles considérations se mantiennent dans de sévères limites, que nous pourrions, dans une première approche, appeler horizon-de l'être, sans qu'elles soient actuelles. Pour des explications plus détaillées nous renvoyons le lecteur à notre travail Noções de onto-teo-logia - tomo I. [9]

Pour conclure, permettez-nous, lecteur, quelques considérations d'un ton presque avouable. Nous sommes très réticents, foncièrement, à passer sur le papier ce qui ne nous semble pas excessivement clair et évident; ce qui nous amène à un problème suplémentaire: nous voulons aussi expliquer pourquoi ce que nous exposons n'a pas été apercu avant par autrui; sans quoi, il nous reste vraiment un sentiment d'incomplétude et d'insécurité. nous tombons. Ici comme toujours, dans la même situation. Pourquoi, jusqu'à aujourd'hui, n'est-on pas arrivé au dévoilement de la logique hyper-dialectique quinquinitaire? Ou, au moins, à la préable constatation de la manifeste insuffisance de la dialectique trinitaire?

Il ne serait pas juste de ne pas signaler une exception, de plus de deux mille ans, c'est vrai : le traitement donné par Platon à l'être et ses modes dans le dialogue Le sophiste où sont distingués le même, l'autre, le mouvement, le repos et l'être lui-même, tel qu'on peut le vérifier par les extraits choisis comme épigraphe au présent texte. Après tout, ce que nous avons exposé ici, pourrait-on encore se refuser à voir l'homologie de ces modes avec les cinq logiques rélevées par l'hyper-dialectique quinquinitaire? Cependant, quand même, qui aujourd'hui déplacerait Platon trinitaire en faveur du quinquinitaire qui s'insinuait dans Le sophiste? 

En reprenant la question de l'attardement dans le dévoilement de la logique quinquinitaire, il nous paraît que nous pourrions l'attribuer fondamentalement à la difficulté de distinguer les logiques de la différence (D) et de la double différence ou classique (D/2). Cette indiscernabilité logique, et même onto-logique, a comme conséquence immédiate, comme déjà vu, le manque de distinction du cycle proprement dialectique (I, D, I/D) et du cycle contre-dialectique (D, I/D, D/2), entrainant ainsi la non-perception de la spécifité de la dialectique quinquinitaire en relation avec la dialectique trinitaire.

Nous enonçons ci-dessous quelques possibles causes de cette difficulté à distinguer D de D/2:

   a) le mode d'émergence de notre propre culture s'effectue par la superposition de la différence clanique (2e différence) à la différence sexuelle biologique (1ere différence). Cancaner sous la 2e différence nous aménerait à nous affronter à notre origine animale, et cela, nous le savons, dans la culture de l'Occident, a été longtemps considéré comme une dangereuse hérésie;

   b) le fait de vivre il y a cinq cents ans dans une formation culturelle radicalement engagée vers la scientificité et à la rationalité bureaucratique, les deux gouvernées par la logique de la double différence D/2, et dont l'affirmation a été concomittante à un dramatique refoulement des logiques féminines D e I/D, respectivement, du désir et de l'histoire - nous nous referions à la chasse aux sorcières. Si quelque refoulé retournait, il rendrait évident, alors, la nature relative de la culture actuelle. C'est mieux pour l'establishment, bien sûr, que l'indiscernabilité se perpétue;

   c) quoique de nature assez spéculative, puisque nous n'avons pas a suffisamment de connaissances linguistiques pour garantir la totale généralité des prémisses qui soutiendraient l'actuel argument, le fait est que, au moins les langues politiques, économique et culturellement hégémoniques occidentales ne présentent pas un ensemble de verbes "auxiliaires" structuralement homologue à l'ensemble des quatre logiques de base, comme c'est le cas, par exemple, du portugais dans lequel le verbe ser(être) est corrélat de la logique transcendentale I; le verbe ter (avoir)ocO de la logique de la différence D; le verbe haver (y avoir), avec certaines réserves, de la dialectique (I/D) ; et finalement, le verbe estar (approché de "se trouver"), de la logique classique (D/2). Dans la langue française, l'homologie a lieu entre le verbe être et avoir, respectivement, avec les logiques I et D, et se prolonge dans la locution y avoir corrélate de la logique I/D. Dans la langue anglaise, il arrive qulque chose de pareil. Les verbes to be et to have sont homologues aux logiques I et D et le prolongement a lieu par la locution there be homologue de la logique I/D.

Prenant en compte l'extrême dépendance de la pensée (logique) vis-à-vis du langage, nous pouvons imaginer combien une telle insuffisance - pardonnez-nous, la irrévérence de la hipothèse! - peut avoir encombré la perception de la différence entre les logiques différentielles - D et D/2 - et par conséquent, de la totalité de la structure des logiques de base, condition essentielle, comme nous l'avons vu, à la distinction entre la logique dialectique trinitaire et l'hyperdialectique quinquinitaire telle qu'elles ont été ici caractérisées.

Platon, que nous avons appelé à l'entrée de ce texte, aide-nous aussi, maintenant, à la sortie:

L'ÉTRANGER. - Si l'on refuse de croire à ces oppositions, qu'on cherche alors et qu'on dise mieux que nous ne venons de dire. mais croire qu'on a fait une invention difficile parce qu'on torture à plaisir les arguments dans tous les sens, c'est peiner sur des choses qui n'en valent guére la peine ; nos arguments présents nous l'attestent. Il n'y a là, en effet, ni invention élégante ni trouvaille difficile, alors que voici ce qui serait difficile autant que beau. [10]



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